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Rassemblement pour la Syrie : « Tansiqât al-thaoura c’est la base, et nous, ici, nous sommes le relais »

avril 1, 2012

Samedi 31 mars, un article  du Monde publié à 17h annonce que le régime syrien considère la révolte matée « une fois pour toutes ». Au même moment, à Paris, comme tous les samedis depuis cinq mois, un rassemblement en soutien à la révolution syrienne a lieu sur la Place du Châtelet. A proximité, sur un étal du kiosque à journaux, le journal arabophone Al-Hayat titre : « Kofi Annan exige de Bachar Al-Assad l’arrêt ‘ immédiat ’ des tueries. » 

Dès 15h, les manifestants se rassemblent en cercle autour de la réplique de l’Horloge de Homs, en référence à la Place de l’Horloge, aujourd’hui détruite, qui était devenue le lieu de rendez-vous des opposants au régime de Damas au début de la révolution. Peu à peu, les gens affluent et rejoignent le cercle. Ils scandent en cœur des slogans arabes et français, frappent dans leurs mains, agitent des drapeaux. La plupart ont un lien personnel avec la Syrie, beaucoup sont Syriens eux-mêmes et font partie de différentes associations d’aide aux victimes. D’une semaine sur l’autre, les organisateurs ont observé que le nombre de manifestants varie, mais que « la population tourne », que ce ne sont pas toujours les mêmes qui assistent aux rassemblements. Saïd Al-Nu‘aimi, membre des tansîqât al-thaoura (Comité de coordination de la révolution, basé en Syrie), nous explique : « Une grande partie des gens qui sont ici viennent de quitter la Syrie et se
sont réfugiés en France. Ils ont échappé à la mort, à la torture, aux massacres quotidiens et systématiques ». 

Au bout d’une heure, le chauffeur de foule passe le micro à un enfant qui récite un poème en Arabe, puis un jeune homme entonne une chanson. Lorsqu’il achève, essoufflé, la foule lui lance : « bravo ! », et les slogans reprennent. Un peu plus tard, une femme qui vient d’arriver en France prend la parole pour témoigner de la répression, dans laquelle elle a perdu son mari, trois de ses enfants, un neveu et d’autres personnes de son entourage ; les manifestants l’écoutent en silence, les mains croisées, en signe de respect et de recueillement.

A propos de Bachar Al-Assad, Saïd Al-Nu‘aimi commente :

C’est lui qui utilise les armes, et c’est lui qui demande la paix. Partout, il est considéré comme un criminel de guerre, et il sera certainement traduit en justice devant la Cour Pénale Internationale.

Comme pour donner une idée de l’ampleur des dégâts et justifier l’action humanitaire des associations syriennes, notre interlocuteur en vient à égrener des chiffres : 100000 réfugiés, autant de détenus ou disparus, 10000 tués… Nous lui demandons quels types d’actions, autres qu’associatives, humanitaires et militantes, sont menés dans le cadre des tansiqât al-thaoura. « C’est le Conseil National Syrien qui conduit les actions politiques. Nous, nous soutenons le CNS, même s’il y a de petites divergences de points de vue, mais tout le monde est ensemble. »

En apercevant le titre d’Al-Hayat, Saïd ajoute, incrédule : « A chaque fois qu’on soumet un plan, Assad dit : ‘‘ oui, je suis d’accord ’’, mais les massacres continuent (…). En fait, il croit qu’il peut poursuivre son système de liquidation, qu’il peut atteindre les trente mille morts et que c’est terminé, on résout le problème. C’est ce qui s’est passé la dernière fois : ils ont massacré 32000 personnes à Hama, ils ont carrément vidé la ville de sa population, et personne n’a plus entendu parler de cette histoire. »

« Sommes-nous pour une mise à niveau de l’Armée Syrienne Libre ? Oui. Mais nous ne sommes pas pour armer la révolution. »

« Hama », le mot revient de plus en plus souvent dans les bouches des manifestants et des commentateurs, à la télévision, dans la presse, à la radio ; on le cite comme un précédent inquiétant sur le CV du régime des Assad, mais également comme un évènement qui démontre la capacité du peuple syrien à se soulever. Rabee Al-Hayek, cofondateur et trésorier de l’association Souria Houria, y fait aussi allusion : « le 2 février dernier, nous avons célébré les 30 ans de Hama. »

Souria Houria fait partie du Comité de coordination de Paris, aux côtés de trois ou quatre autres associations. Ensemble, elles organisent des manifestations, des débats, des rassemblements tels celui de la Place du Châtelet. Mais Souria Houria organise également ses propres actions, comme la projection de films documentaires tournés en Syrie pendant la révolution, ou encore les dîners caritatifs au profit des familles de victimes, tous les jeudis dans un restaurant syrien. « Pour l’instant ça fonctionne bien, confie Rabee en souriant, et si un jour on est confronté à des problèmes, on trouvera toujours une solution pour les contourner », de même qu’ils ont déjà réussi à contourner le problème du brouillage des communications satellites par le régime de Damas.

Comme il insiste au sujet du caractère humanitaire de son action, nous lui demandons si l’association est liée au CNS. « Non. On ne s’est pas lié officiellement avec le CNS. Par contre, certains de nos membres sont aussi des membres du CNS, mais nous n’avons délégué personne pour nous représenter au bureau. Souria Houria n’est pas représentée au CNS. »

Rapidement, comme la plupart des responsables, Rabee Al-Hayek commence à citer les chiffres de la répression, mais il s’interrompt : « Vous voyez, les chiffres, je me sens mal quand je les prononce, mais c’est la triste réalité. En ce moment, on compte beaucoup sur la possibilité d’une enquête internationale, qui enverrait en Syrie des observateurs, au moins pour documenter tous les crimes commis par le régime. »

Le plan de Kofi Annan n’a rien changé par rapport à l’initiative de la Ligue arabe. Les chars sont toujours dans les quartiers résidentiels. Pendant la mission de la Ligue arabe, le nombre de martyrs à été multiplié par deux, et là on craint la même chose.

Beaucoup d’associatifs appréhendent en effet que l’adoption par Assad d’un « plan » qui aille dans le sens de la communauté internationale ne serve de paravent à une intensification de la répression. Voient-ils pour autant la proposition de l’Arabie Saoudite d’armer l’opposition syrienne comme une solution ? ou une nécessité ?

Rabee Al-Hayek répond nettement : « On ne parle pas d’armer la révolution. Mais il y a la question de l’ASL (l’Armée syrienne libre, ndlr). Cette armée n’est pas bien équipée, et il n’y a pas de coordination entre ses différentes divisions ; ce sont des déserteurs, chacun reste dans son coin, il n’y a pas de terrain d’entraînement, etc. Maintenant, sommes-nous pour la mise à niveau de cette armée ? Oui. Mais nous ne sommes pas pour armer la révolution. Concernant l’Arabie Saoudite, nous ne voulons pas de l’arme politisée. C’est-à-dire que nous ne voulons pas que l’Arabie Saoudite donne des armes à l’ASL pour protéger des intérêts économiques (gazoducs, oléoducs…). Nous ne voulons pas non plus que l’Arabie Saoudite fasse la guerre contre l’Iran sur le territoire syrien, et pareil pour la Turquie. »

La stratégie promue par Souria Houria va davantage dans le sens d’un isolement diplomatique et économique total du régime de Bachar Al-Assad. Selon Rabee Al-Hayek, « le régime a réussi à externaliser la révolution », à en faire un enjeu de politique intérieure, en Europe, aux Etats-Unis, en Iran, en Russie, au Liban, en Turquie…

Il faut que cette révolution revienne sur le territoire syrien et que toute aide au régime s’arrête immédiatement. La vente d’armes russes en Syrie n’a jamais cessé, nos frères se sont fait tuer par des balles russes, par des armes lourdes russes, et chinoises, et iraniennes. Nous voulons que la communauté internationale qui se dit « du bon côté » oblige la Russie à arrêter tout ça. Nous voyons bien que les Etats-Unis et l’Europe ne veulent pas prendre de décisions claires et nettes au sujet de la Russie. Obama dit : « Bachar va chuter », sans dire quand. Sarkozy et Cameron disent : « ohé, ça ne peut pas continuer comme ça » Ce sont des phrases à mi-chemin. Pendant ce temps, les diplomates syriens se baladent tranquillement dans les rues des pays occidentaux. Il faut couper tout lien vis-à-vis de ce régime et obliger les pays qui le soutiennent à stopper tout type d’aide. Si le peuple syrien arrive à vivre dignement, à manger dignement, il saura jeter à bas le régime de Bachar Al-Assad, mais pour le moment il est isolé, il est seul face à cette machine de tuerie.

Depuis près d’un an, aucun officiel syrien ne s’est exprimé dans les médias français, malgré des invitations répétées à venir commenter la situation à la télévision ou à la radio. Rabee Al-Hayak évoque une loi du silence ; les associatifs syriens n’ont plus aucun lien avec l’ambassade de Syrie à Paris. Avant de rejoindre les manifestants, dont certains se sont avancés au milieu du cercle et ont commencé à peindre au pied de la réplique de l’Horloge de Homs, le trésorier de Souria Houria nous lance :

Un message pour la France et les Français : il faut fermer cette ambassade. Cette ambassade représente ce régime criminel, comment acceptez-vous ça ? Je ne sais pas.

Loïc Bertrand.

Propos recueillis par Loïc Bertrand et Evan Fisher.

Photos et vidéos par Loïc Bertrand et Evan Fisher.

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