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De l’art de préparer une manifestation à Homs

mai 25, 2012

Le témoignage d’une habitante de Homs qui fait partie de la rédaction du groupe de réflexion Syrie Moderne Démocratique Laïque. Elle raconte comment s’organisent les manifestations dans son quartier. On y voit la spontanéité et l’organisation de citoyens syriens qui décident, malgré les dangers de la répression, de faire entendre leur voix, et de montrer leur détermination face au régime de Bachar al-Assad.

Par NA de Homs pour Syrie Moderne Démocratique Laïque

Date : 31 janvier 2012, heure de la prière de midi

Lieu : un quartier de Homs, près d’une mosquée

Situation : Funérailles du père de l’ancien entraîneur du fameux club sportif  Al-Karama

Celui qui arrive dans le quartier est tout de suite surpris par le dynamisme et l’activité qui s’y déploient, on se croirait dans une ruche d’abeilles bien organisées. Les jeunes sont en perpétuel va-et-vient, les plus âgés les guettent prudemment en parlant de temps en temps avec leurs portables. Moi, sachant que, comme d’habitude, les funérailles allaient se transformer en manifestation, je n’étais pas surprise. Comme si les funérailles de nos martyres étaient maintenant devenues une bonne occasion de nous exprimer.

J’avais déjà participé à plusieurs manifestations, mais c’est la première fois que j’assiste aux préparatifs. La rue où allait se dérouler celle-ci est déjà bien connue. D’ailleurs ses dalles sont marquées par des lignes dessinées par les jeunes pour indiquer les rangs des manifestants… A force de gérer des manifestations, les activistes deviennent de vrais professionnels en préparant et en organisant des manifestations de plus en plus « civilisées ».

Ils se sont partagé les missions : les uns préparent les pancartes où sont notées les dates, les autres organisent l’itinéraire et la cadence de la marche, d’autres préparent les caméras et les placent dans des coins stratégiques. Ici, à côté de moi, je vois un jeune homme se placer sur un balcon pour pouvoir prendre les premières photos. Là-bas, un peu plus loin, je vois une haute échelle qui se dresse, sur laquelle je vois un ordinateur portable commencer à être installé pour diffuser en direct les images de la manifestation.

Le Kashouche de la manifestation, ou chanteur, est un des éléments les plus essentiels. Je le vois avec sa veste violette lisant un petit bout de papier et récitant les acclamations avec lesquelles il va guider la foule. Son ami se tient à côté de lui, répétant les gestes d’accompagnement pour enthousiasmer les manifestants.

Peu à peu, des petits groupes de femmes et de jeunes filles se multiplient dans les coins du quartier, comme si elles se rassemblaient pour une petite promenade d’été. Les voitures commencent à remplir le quartier, non pas pour se garer, ni pour circuler, mais pour boucher toutes les rues avoisinantes et empêcher les entrées et les sorties.

En souriant, chacun accomplit son travail à la fois avec spontanéité et professionnalisme. Les balcons se sont remplis de femmes et d’enfants qui attendent le passage du cortège. On entend les manifestants crier d’une seule voix : La Illah’ Illa Allah (Il n’y de Dieu qu’Allah ), ce qui annonce la fin de la prière. Les jeunes apparaissent alors, le cercueil niché sur les épaules, entourés des cris de joie et d’allégresse des femmes. Par un geste de la main, l’organisateur annonce le début de la diffusion en direct. Les hommes crient avec rage : « Le sang du martyre ne  sera pas vain ! » et les femmes avec indignation : « Traître est celui qui tue son peuple! « . Les deux publics et leurs acclamations s’unissent pour donner une image extraordinaire… Je n’ai pas pu retenir mes larmes, je ne sais pas si c’étaient des larmes de joie pour le martyre qui allait rejoindre ses frères au paradis, ou des larmes de fierté pour mon peuple qui manifeste, ou plutôt des larmes de colère, de rage et d’indignation contre cette injustice et cette violence… Ce dont je suis sûre, c’est que ce n’était pas des larmes de tristesse !!

Les jeunes se précipitent pour porter, les uns après les autres, le cercueil sur leurs épaules et danser avec courage, fierté et noblesse.

Je me dis voilà notre révolution syrienne pacifique, c’est la révolution des jeunes libres contre la violence et la barbarie, réclamant leur dignité, armés du courage et de la croyance en leur principes.

Je n’ai vu aucun présence de l’ASL pour protéger la manifestation, la nôtre était gardée par les hommes et les femmes du quartier.

Voilà donc les Syriens qui se sont réveillés pour briser la siège de la peur qui les encercle depuis 40 ans, découvrant le bon goût de la liberté même si le prix est trop amer. Mon peuple n’a plus peur, sa vraie force est sa volonté et sa rage contre cette barbarie. Et voilà les manifestants qui affirment leur révolte en criant :

« Même en face du canon et du char, on ne se soumettra qu’à Dieu ».

30 minutes d’enthousiasme et d’acclamations, puis tout se termine, les pancartes s’entassent, les filles se dispersent et les jeunes nettoient les rues en fredonnant un air que je connais dorénavant très bien :

« Yilaaaaaan rouhaaaak ya Hafez » (Maudit soit ton âme Hafez) !

Par NA de Homs pour Syrie Moderne Démocratique Laïque

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