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Dub the Casbah

août 20, 2012

Un Sound System au pied du ministère de la Défense tunisien. C’est à Tunis que ça se passe, le 9  août dernier, dans le quartier populaire de Bab Menara, situé à la lisière de la Casbah – le quartier des ministères – et de l’historique Medina. Mais à deux pas des concerts de musique traditionnelle qui ont lieu dans la Medina durant le mois de ramadan, c’est une tout autre ambiance qui règne dans « Bab Menara City », comme la surnomment certains.

Une brèche

Entrer dans cette petite rue ordinaire de Tunis transformée en piste de danse, c’est mettre les pieds dans un espace à part. Même les chauffeurs de taxis qui traversent la petite foule, à grands renforts de coups de klaxons,  n’en reviennent pas et ont l’air de se demander où ils ont atterri. A la lumière des petites lampes disposées sur les trottoirs, on distingue des jeunes en train de s’appliquer à grapher le long du mur du lycée du quartier, tandis qu’une petite centaine d’autres dansent au milieu de la route. Devant un drapeau tunisien accroché au mur, le DJ enchaîne les gros morceaux de reggae, de dub, et de dub step – tendance mais pas très entraînant. Mais dès que la dub vient se mêler à des chansons tunisiennes connues de tous, là, tout le monde se lève du trottoir et se remet à sauter. Jeunes un peu branchés,  hippies qui tentent de balancer leurs dreadlocks comme Marley à la grande époque, jeunes du quartier, garçons et filles : tout le monde danse dans la lumière des phares des voitures qui se frayent un chemin. Les appareils photos sont partout, comme s’ils fallait montrer, garder une trace, prouver que ce genre de brèche existe dans la Tunisie gouvernée pour le moment par les islamistes d’Ennahda.

Prendre les devants

Organiser une fête de rue en plein Tunis durant le mois de ramadan, ça ne coule pas de source. Cet évènement intitulé « Hel el Beb » (ouvre la porte) n’a pu avoir lieu que grâce à l’action conjointe d’une association et d’un jeune de Bab Menara, Michel,  qui a pu obtenir le soutien des habitants et des commerçants de la Medina. La fête n’est en effet pas officiellement autorisée par les autorités, lesquelles font preuve de mauvaise volonté selon Imen Mejri , coordinatrice de l’association « Perspectives pour un développement sans frontières » :  « Ca fait longtemps qu’on essaye d’organiser un évènement culturel dans la Médina mais le ministère de la culture fait traîner les choses, et même quand on fait tout dans les règles, l’administration ne nous donne pas d’autorisation ». Le rôle de Michel ben Mahmoud a donc été déterminant, grâce à ses connaissances dans le quartier, c’est lui qui a permis  d’accueillir l’évènement « Hel el Beb » dans Bab Menara. Ce jeune de 28 ans se définissant comme un « fils de la Médina d’origine juive et corse », à la fois guide dans la Medina, chanteur engagé, et patron d’un petit café, veut faire bouger les choses, coûte que coûte, en commençant par son quartier durement touché par le chômage.  « Je veux qu’on montre l’exemple, montrer qu’on peut repartir de Bab Menara avec le sourire aux lèvres et son portefeuille encore dans sa poche. Et puis, nous on vit à côté de la révolution, de la place du gouvernement, c’est arrivé à deux pas mais rien n’a changé ». Alors Michel a décidé de faire les choses lui-même, parce que l’Etat ne l’a jamais aidé. Et quand on lui demande ce qu’il va faire si la police vient, la réponse est claire :  » Si ils viennent tranquilles, on leur sert à boire, mais s’ils viennent foutre leur merde, j’ai 50 gamins avec des cailloux sur les toits. »

Pari réussi

Mais tout se passera bien ce soir-là, les adultes et les anciens regardent avec bienveillance ou étonnement depuis leur balcon ou bien assis devant la porte de leur immeuble les jeunes qui se dandinent. Le pari de cet évènement était de faire venir des gens extérieurs au quartier, mais en laissant toute l’organisation à des gens de Bab Menara. Le petit magasin d’électronique en bas de la rue a fourni des enceintes,  l’un  a amené des micros, l’autre une table de mixage. La sécurité est également assurée par les habitants du quartier et la fête se déroule dans une atmosphère joyeuse où se mêlent jeunes et vieux de différents milieux sociaux. Mais derrière ce côté bon enfant,  il y a une jeune Tunisie qui a la rage de vivre, qui se reconstruit à tous les niveaux et invente sa propre façon de faire la fête.

Thomas Loupias

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2 commentaires leave one →
  1. BOUSQUET permalink
    août 23, 2012 5:38

    Bravo la jeunesse Tunisienne continue la révolution et a bien compris que liberté d’expression individuelle et collective sont liée. Etre ensemble, filles et garçons, de tous âges confondus, dans le partage de la convivialité, dans la danse, la musique et l’expression artistique voilà le ciment de la liberté démocratique! BRAVO à tous ceux qui permettent à ces moments d’exister!

  2. août 30, 2012 9:38

    La liberté et l’envie de vivre permettront à la jeunesse du monde de relayer cette belle chorégravie

    Amitiés J Marc

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