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Le maître, le Livre et les enfants

novembre 29, 2012

Nous voulions assister à un cours de kuttab, l’école traditionnelle où l’on enseigne le Coran aux enfants. Après deux essais infructueux dans d’autres mosquées de Tozeur, c’est Taha, un jeune ingénieur tozeurois, qui nous a menés dans la mosquée du quartier de Bel Hadhir où il a grandi. La vieille mosquée de briques passe pour être l’une des plus anciennes du Maghreb ; les gens affirment que c’était une synagogue, et avant ça une église : sur un des murs de la salle de prière, on aperçoit en effet des inscriptions en Grec.

Le maître, Mohammed Chebbi, chemise blanche et baguette à la main, a l’air fier de nous recevoir. Il nous engage lui-même à filmer son cours et à la fin il tiendra beaucoup à nous prouver l’efficacité de son enseignement en nous invitant à filmer les enfants réciter deux par deux.

La salle de classe est une dépendance de la mosquée, ouverte  d’un côté sur une cour attenante à la salle de prière. Les enfants, âgé de 4 à 13 ans, sont éparpillés sur des pupitres en bois. Filles et garçons confondus, ils sont une vingtaine. Au programme aujourd’hui : Noé. Le texte est écrit au tableau ; tout le monde récite en même temps tandis que le maître bat la mesure à l’aide de sa baguette. Notre présence lui donne de l’enthousiasme, même si elle distrait un peu les élèves, qui nous jettent des regards amusés. Ils pensaient que nous venions prendre des cours, nous aussi. Parfois, le maître hausse la voix pour entraîner à nouveau les jeunes, quand il sent que leur récitation faiblit.

Les enfants apprennent le Coran par hezb. Le Coran peut être divisé en sections plus ou moins longues en vue de sa récitation ; la division en 7 parties (manzil) permet de le réciter en entier en une semaine ; la division en 30 juz‘ permet de le réciter en un mois.  Le Coran peut aussi être divisé en 60 hezb, et ce sont ces hezb que les enfants apprennent pour mémoriser le Coran.

Après la séance de récitation, le maître passe aux exercices. Les enfants sont répartis en deux équipes. Ils doivent répondre à des questions, trouver le début ou la fin d’un passage que le maître lit au hasard : – « … Je leur disais : Implorez le pardon du Seigneur ; il est très enclin à pardonner. Il vous enverra des pluies abondantes du ciel »… Qui connaît ? Un enfant lève le doigt et récite la suite en se balançant d’un pied sur l’autre. Au tableau, on tient le compte des points des deux équipes.

Ici, on apprend le Coran comme on apprend « Frère Jacques » à l’école républicaine. On est très loin de l’image du singe savant. Le Coran semble tout d’abord une chanson de l’enfance, avant d’être plus tard le livre saint de la religion de l’adulte.

Loïc Bertrand 
Thomas Loupias

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