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Revue de presse (25 mars – 7 avril)

avril 8, 2013
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Titre : « La traque continue pour remettre la main sur les objets pillés. » Les poursuiveurs : « Au voleur ! Au voleur ! » Sur le sac : « Nuit enchanteresse de Bagdad. »

Ces deux dernières semaines, l’Irak a été l’objet des attentions de la presse internationale,  dix ans après l’intervention américaine, alors que les campagne électorales pour les élections provinciales battent leur plein dans le pays. De plus, la Ligue arabe et l’UNESCO ont désigné Bagdad pour Capitale de la culture arabe 2013, et à ce titre les subventions pleuvent sur la capitale irakienne. Des millions de dollars ont été investis dans l’industrie cinématographique, pour assurer la production de 20 films, longs-métrages, courts-métrages et documentaires. Dans une interview d’Amer Alwan, le quotidien panarabe basé à Londres Al-Hayat revient sur le parcours atypique de ce réalisateur franco-irakien qui tourne en ce moment un long-métrage dans le pays : Les étoiles de l’épicier. Après un doctorat en cinéma à la Sorbonne, il s’est illustré par son long métrage Zaman, l’homme des roseaux, une fable poétique et engagée. Dans son prochain film, tourné dans plusieurs villes irakiennes, de Bassora à Hilla ou encore Nadjaf, il évoque la révolution de 1918 contre l’occupant anglais, en regard de l’occupation actuelle par les armées occidentales. Selon Amer Alwan, il est un peu compliqué pour une équipe internationale (le film est une coproduction anglo-irakienne) de tourner en Irak, mais jusqu’à présent aucune difficulté n’a été rencontrée ; il estime par ailleurs que ce titre de capitale culturelle est une bonne chose pour Bagdad : « il prouve aux médias internationaux que Bagdad ne connaît pas seulement le meurtre et les explosions ».

Amer Alwan en 2012 sur le tournage de « Goodbye Babylon »

De son côté, le Monde diplomatique arabe a repris dans son numéro de mars un article de Peter Harling (chercheur en sciences politique associé à l’Ifpo, il a vécu en Iraq de 1998 à 2004), intitulé « 10 ans après, qu’est devenu l’Irak ? ». L’auteur décrit « une société qui peine à se définir une ambition collective », où le « sectarisme ostentatoire » et « les préjugés réciproques » s’expriment ouvertement et saturent l’espace public. Le régime reste toujours, selon Harling, « de nature indéfinissable », dominé par un Premier ministre, Nouri Al-Maliki, ayant « abusé de l’argument du « terrorisme » pour écarter » des adversaires politiques. Néanmoins, les réflexes communautaires ne dominent pas complètement l’espace social, et cèdent parfois la place à des logiques de classes ; par exemple, la pratique des mariages mixtes n’a pas disparu. De plus, le sectarisme qui s’exprime dans les discours est mis surtout sur le compte d’une provocation gratuite, plus que d’une profession de foi, et ce, même s’il décrit des quartiers « désormais homogènes ». L’auteur dresse surtout le portrait d’une société qui se cherche tant bien que mal, à l’ombre d’un régime politique absent de la scène publique, et poursuivie par le spectre des  » journées noires », c’est-à-dire « d’une violence très intime que des euphémismes tentent d’exorciser ». Autres héritages de l’occupant ? Harling dénonce amèrement l’attitude de l’occupant occidental vis-à-vis de la communauté sunnite, traitée en bloc comme des partisans de Hussein, et donc marginalisée dans le système politique actuel. Et qu’est devenue la Zone verte installée sur l’ancien quartier des dignitaires et du palais républicain ? Toujours enclavée, elle « incarne les pires aspects du nouvel ordre comme elle le faisait de l’ancien », « un espace de privilèges » à l’écart de la société, auquel a accès une nouvelle élite. L’auteur conclut son analyse de l’Iraq des Dix-ans-après par une note positive en évoquant les ressources naturelles de l’Iraq et le potentiel intellectuel irakien  qui pâti néanmoins toujours de la fuite des cerveaux.

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Titre : « Des séries comiques sur la corruption »
Le présentateur : « Chers téléspectateurs, après Sonatrach, nous vous invitons à prendre plaisir à la pièce « Le calife », suivie des aventures de Tom et Jerry »

En Algérie, l’actualité culturelle a également occupé plusieurs fois la Une des jounaux ces deux dernières semaines, et notamment le 3 avril, avec le décès de Moustafa Toumi, poète et auteur mythique de la chanson chaâbi Sobhane Allah ya Eltif. Le poète a ainsi reçu un hommage unanime dans tous les grands journaux algériens, lesquels en ont profité pour revenir sur son parcours. Né en 1937 à la Casbah, parlant l’arabe, le kabyle et le français, Mustafa Toumi participe pendant la guerre de libération à la radio clandestine « la voix de l’Algérie libre et combattante » et il publie des poèmes dans Alger républicain. Il était le fondateur du festival de poésie Chaâbi, à partir de 1969, et il était le premier directeur des festivals de chansons chaâbi en Algérie. Le quotidien francophone El-Watan insiste davantage sur le parcours politique de Moustafa Toumi, en évoquant ses fonctions éphémères au Ministère de l’Information, la fondation en 1990 de son parti (qui a périclité), et en rappelant ses critiques de la société d’après-guerre. En revanche, Al-Khabar met en avant la place que Moustafa Toumi a occupé dans la poésie algérienne et la chanson chaâbi, en rappelant surtout les circonstances qui ont amené Moustafa Toumi à écrire sa célèbre chanson.

Si Al-Shurûq a également rendu hommage au poète décédé, le quotidien arabophone s’est montré à la hauteur du style acerbe qui en a fait le journal le plus lu du pays avec sa Une : « Hollande critique l’Algérie au Maroc ! ». Ainsi, Hollande aurait déclaré que « la proposition marocaine en vue de régler le conflit du Sahara occidental est sérieuse et crédible », ce qui déclenche l’ire du journal, entre autres choses. Le président français aurait insisté sur le fait que le Sahara occidental était « une pierre d’achoppement pour l’unité du Maghreb », et l’auteur de l’article relève ironiquement que le sujet n’avait pas été autant abordé lors de sa visite-éclair en Algérie en décembre dernier. Mais là où Hollande en prend vraiment pour son grade, c’est au sujet d’une petite phrase que l’auteur lui reproche. Commentant les réformes en cours au Maroc, Hollande s’est réjoui que le débat ait été ouvert, contrairement à l’Algérie « qui n’a pas connu le printemps arabe ». L’auteur suggère avec ironie qu’Hollande préfère sans doute la « colonie marocaine », faisant allusion à la délégation d’hommes d’affaires qui accompagne le président dans sa visite.

Pour revenir à l’actualité artistique, le journaliste d’El-Watan Mohamed Kali a pris part à une polémique qui secoue le monde littéraire algérien. La polémique a éclaté dans les milieux artistiques après une table ronde organisée par le CRASC (Centre National de Recherche en Anthropologie sociale et culturelle) d’Oran au sujet d’un pan de l’histoire du théâtre arabe en Algérie : que doit le théâtre de Kateb Yacine au Théâtre de la Mer de Kaddour Naïmi ? En substance, le débat porte sur les conditions de rédaction du théâtre de Kateb Yacine à l’époque où il collabore dans la troupe de Kaddour Naïmi. Surtout, la pièce Mohamed, prends ta valise, est-elle vraiment le fruit d’une rédaction collective ? Pour certains admirateurs de l’auteur de Nedjma, c’est impensable ! L’article d’El-Watan est une bonne porte d’entrée sur un des débats actuels du monde artistique algérien.

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Enfin, l’affaire du scandale de la Sonatrach (cf. notre revue de presse du 3 mars) n’en finit plus de rebondir depuis un mois. Ces deux dernières semaines, Al-Watan et Al-Shurûq ont multiplié les sorties contre Chakib Khalil, ex-ministre de l’énergie et des mines, et ancien président de Sonatrach. Après la vague d’indignation face aux nombreuses « affaires » qui ont agité la presse algérienne, c’est finalement l’ancien ministre qui incarne dans les médias le visage de la corruption. Pointé explicitement du doigt par la justice italienne, Khalil a quitté précipitamment l’Algérie, comme nous l’apprend la Une du journal Al-Shurûq, qui tenait en un mot : « haraba ! » (« Il a fui ! »). Dans son ensemble, la presse se demande si la justice aura les mains libres pour mener son enquête. Khalil, s’indigne Al-Shurûq, n’a pas été perquisitionné, ni sollicité par le juge d’instruction, alors qu’il semble au cœur du dispositif de corruption. Dans un grand article intitulé  « L’histoire complète du scandale de la Sonatrach : ce qu’a fait Chakib Khalil », le journal souligne que les affaires s’enchaînent depuis septembre 2009, et remarque que tous les contrats dénoncés par la justice italienne sont des contrats passés par la Sonatrach à l’époque de sa présidence. Il démontre de même que tous les cas de corruption sortis dans la presse datent de l’époque où il était ministre. Et même si le président Bouteflika est ordinairement présenté comme « l’instrument des vrais détenteurs du pouvoir » et qu’il n’est jamais directement critiqué, le journal rappelle les liens anciens entre Chakib Khalil et le président algérien et s’interroge : la mise au pilori de Khalil n’est-elle pas le signe que le président serait en train de lâcher un protégé trop encombrant ?

En Jordanie, c’est l’affaire de Mouta qui a préoccupé cette dernière semaine les principaux quotidiens du royaume hachémite. Un étudiant est mort poignardé suite à des heurts survenus à l’Université de Mouta, dans des circonstances encore peu claires. Si le journal patriotique Al-Destour dénonce une violence en augmentation constante dans les universités jordaniennes en mettant l’éclatement des affrontements entre étudiants sur le compte de préjugés tribaux et régionaux, le journal Al-Ghad évoque quant à lui une réunion estudiantine sur les élections syndicales qui aurait dégénéré.

En Egypte, les violences entre les Coptes de la ville de Khosous et des « inconnus » éclipsent dans les médias le reste de l’actualité depuis trois jours, surtout après que ces « inconnus » aient attaqué à Abbasseya, au Caire, le cortège funèbre des quatre jeunes coptes tués à Khosous. C’est l’usage d’armes automatiques qui inquiète le plus Al-Misry al-youm. Les procureurs du district du gouvernorat de Qalyubiya ont reçu un premier rapport officiel sur les événements de Khosous, comme le révèle Al-Misry al-youm dans un article repris par le journal anglophone Egypt Independent. Le rapport évoque un conflit datant d’il y a trois mois entre une famille musulmane et une famille chrétienne de Khosous ; le conflit s’était apaisé, mais des heurts ont éclaté après que des salafistes ont harcelé une femme chrétienne.

Atelier de l’Etat. Fermé aux justifications !

Al-Ahram a couvert quant à lui le sit-in organisé samedi devant la Cour suprême par le Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, mouvement de résistance non-violente créé en 2008 contre Mubarak. A la suite de la classe politique, le journal condamne l’usage de la violence pendant la manifestation, qui a dégénéré en heurts avec les forces de sécurité, blessant 51 personnes dont 7 policiers. Les organisations de défense des droits et la classe politique condamnent notamment les tentatives d’entrée en force dans le bâtiment de la Cour suprême, et l’usage de cocktails molotov. Aucune raison claire n’est avancée par le journal, qui manifeste une certaine incompréhension face à un mouvement réputé pacifique mais accusé à plusieurs reprises d’utiliser la force dans ses manifestations depuis quelques semaines.

Mais les événements de ce week-end ne doivent pas faire oublier l’actualité culturelle, toujours dynamique au Caire, avec le lancement le 29 mars dernier du festival urbain des arts contemporains au Caire. Le festival prévoit 14 concerts et 15 spectacles de théâtre et de danse, animés par quelques 150 artistes venus du monde entier.

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Enfin, la semaine dernière avait été marquée par l’arrestation de Bassem Youssef, ce présentateur égyptien de l’émission satirique « Al-Barnamag », pour « insulte à l’islam » et « insulte au président Morsi ». Relâché rapidement, l’affaire avait suscité une mobilisation largement relayée dans les médias égyptiens et occidentaux. Bassem Youssef se sert de ses problèmes judiciaires pour alimenter ses satires du pouvoir et des Frères musulmans. En plus de son émission, Bassem youssef tient une chronique hebdomadaire sur le site du journal égyptien Al-Shorouq. Dans sa chronique du 2 avril intitulée « Avec les Frères, c’est beaucoup mieux ! », il critique avec ironie l’omniprésence politique des Frères musulmans à tous les niveaux de l’Etat, avant de conclure : « Mon frère, je t’invite à accepter et à soutenir cette norme merveilleuse : l’Etat des Frères. Laisse-les donc se comporter comme il leur plaît et laisse-les gérer les affaires comme ils le veulent. Quant à toi, profite un peu d’être une pièce d’échec, ou un badaud blasé. »

Loïc Bertrand

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