Skip to content

Youssra el-Hawary chante à Caire ouvert

novembre 17, 2013

Révélée en  avril 2012 par un clip posté sur YouTube, pour lequel elle a reçu le prix Fair Play 2012, Youssra el-Hawary poursuit sa route, entre concerts et représentations théâtrales… DesOrient l’a rencontrée à l’occasion de son concert à l’Institut Français d’Égypte, au Caire.

Tout a commencé avec el-Soor, le Mur, un poème de Waleed Taher écrit avant la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Ironie de l’histoire, l’armée en a dressé des dizaines, de murs, dans les rues environnant la place Tahrir, afin de casser les manifestations qui y convergeaient. C’est en passant au pied de l’un d’entre eux que Youssra el-Hawary repense à ce poème. Ensuite, tout a été très vite : en une semaine elle obtient l’accord de l’auteur, sollicite l’aide de deux amis (aujourd’hui ses musiciens) tandis qu’une troisième personne assure le tournage, un matin à l’aube, au pied d’un mur peint par les manifestants. La vidéo est montée dans la journée, publiée le soir-même et atteint dès le lendemain 30 000 vues. Depuis, la mélodie d’el-Soor a dépassé les frontières.

aaaa
Jeune musicienne, Youssra el-Hawary suit des cours de piano et de composition. Après s’être interrompue plusieurs années pour se consacrer à ses études de scénographie, elle décide de revenir à la musique, tout en cherchant un instrument plus “
transportable” et opte finalement pour un autre clavier : celui de l’accordéon. Si ce dernier nous évoque davantage le bal musette que la chanson orientale, il est en réalité fréquemment utilisé dans les écoles égyptiennes pour accompagner les chants des élèves qui rythment les débuts de journées. Youssra el-Hawary a donc ressorti l’instrument qu’elle utilisait écolière, et c’est en autodidacte qu’elle s’est familiarisée avec son nouveau compagnon. Le lancement du Choir Project, simultanément à cette redécouverte, a joué un grand rôle dans son appropriation de l’instrument. Lieu de rencontres et de passages, ce collectif d’artiste a pour objectif de “transformer l’énorme énergie que les gens mettent à se plaindre en quelque chose d’autre”. Depuis son premier succès en 2010, il a conservé le même format : une semaine d’ateliers collectifs ouverts à tous, conclue par un concert du chœur ainsi constitué. Le Choir Project a permis à Youssra el-Hawary d’échanger avec d’autres artistes lors d’ateliers, mais aussi de rapidement jouer en public lors de sessions d’improvisation.

De manière générale, c’est le quotidien des Égyptiens et des Égyptiennes, qui intéresse Youssra el-Hawary.Je sais que l’une des raisons pour laquelle la chanson el-Soor est devenue très populaire est qu’elle traite de la révolution, et que c’est un phénomène actuel qui touche beaucoup de monde. Mais ça n’est pas la raison pour laquelle j’ai fait cette chanson. La deuxième vidéo que j’ai tournée parle d’un phénomène très social, s’embrasser dans la rue, ce qui n’est pas du tout lié aux événements politiques.

Pour l’instant, il y a certains thèmes que Youssra el-Hawary n’aborde pas. “Pas à cause de la censure”, comme elle s’empresse de préciser, mais parce que la société réagit et réprouve certaines choses : “certains n’ont pas aimé la chanson el-Soor parce qu’elle contient le mot “pipi”, et ça n’est pas habituel que ce mot apparaisse dans une chanson.” Mais Youssra el-Hawary enchaîne en riant : “Je pense que choquer les gens reste le meilleur moyen de faire bouger les choses !” Un ami français lui a d’ailleurs trouvé des similarités avec Georges Brassens, pour ses paroles incisives ! Mais malgré les piques qu’elle lui lance, Youssra el-Hawary aime le Caire, cette ville dans laquelle elle est venue étudier et travailler (sa famille vit au Koweit). Pour cela, ses chansons sont toujours pleines d’humour et de clins d’œil.

Une artiste underground

Le parcours artistique de Youssra el-Hawary commence en 2006, sur une scène de théâtre. Elle joue et chante au sein du al-Tamye Theatre Company, créé en 2002 autour de la pièce “الطمي واحد والشجر ألوان” (Différents arbres, même sol), qui donnera son nom à la troupe. En 2008, un nouveau spectacle est monté, فانتازيا اللجنة (Checkpoint Fantasy), dans lequel la musique accompagne le récit ; le suivant, مد و جزر (Flux et marées) suit le même schéma. Ce nouvel environnement, ainsi que la fondation du Choir Project, encouragent Youssra el-Hawary à se tourner vers la musique.

Le 9 mars 2012, le festival Independant Combo Program lui offre une opportunité de concert : “[ce] festival est dédié aux artistes qui débutent, qui dépendent encore des autres. J’ai donc fait un concert avec deux autres artistes, manière de regrouper les fans pour qu’à la fin on joue devant une audience énorme.

Le Choir Project a également été de la partie, avec une représentation de plusieurs chansons composées lors des ateliers d’écriture auxquels participe Youssra el-Hawary.

Son indépendance, Youssra el-Hawary l’a choisie et elle la revendique parce qu’elle lui permet de mener sa vie artistique librement, loin des contraintes des labels. C’est aussi une manière de nourrir sa créativité, d’élargir ses horizons, d’être soutenue, parfois. “En fait on est comme une famille, on s’investit dans les projets des autres et c’est génial, cette scène indépendante, ou underground. C’est un peu comme si on savait tous comment ça se passe pour tous, donc on s’entraide lorsque les autres ont besoin de nous.” Mais cette autonomie a aussi un prix. Les revenus sont très fluctuants, certains concerts lui coûtent même de l’argent dès lors qu’elle se déplace et se produit gracieusement. En outre, aucune institution n’encadre le travail des intermittents du spectacle en Égypte, la seule organisation qui apporterait une forme de sécurité est très difficile d’accès et composée de musiciens du mainstream, ce qui n’en fait pas un objectif pour les artistes underground tels que Youssra el-Hawary. Elle poursuit donc sa recherche de financements, par d’autres biais.

Le prix Fair Play des Jeunesses Musicales Internationales a été un tremplin notable : arrivée première du classement, Youssra el-Hawary a pu jouer à l’occasion du 3ème “Forum Mondial des voix contre la corruption” et de la 15ème “Conférence internationale contre la corruption” qui se sont tenus au Brésil en novembre 2012. Depuis elle a beaucoup joué à l’étranger, principalement en Europe ; son premier concert hors d’Egypte a d’ailleurs eu lieu à Paris, à la Villette.

Et après ?

Si la chanson el-Soor a eu un tel succès, c’est aussi en raison du contexte socio-politique houleux en Égypte, qui braque les regards sur toute forme de contestation et de revendication. Quand on lui parle de ce coup de pouce de la révolution de janvier, Youssra el-Hawari précise : “Je n’ai pas fait cela [la vidéo el-Soor] avec l’idée que je faisais une chanson sur les murs [du Caire] comme pour porter un message fort ; peut-être que je n’avais pas vraiment conscience de ce qu’est réellement la scène artistique. J’étais simplement très inspirée et excitée à l’idée de faire cette vidéo, et je me suis dit je veux le faire, je veux le faire ! (…) Ce que je veux, c’est exprimer ce que je ressens, ce que je vis, exprimer les problèmes que je rencontre au quotidien. Et par ce biais, je pense que les gens peuvent avoir une idée claire de la situation en Égypte, de ma situation en tant que femme en Égypte en ce moment.

L’agenda de Youssra el-Hawary a de quoi faire pâlir un ministre. En ce moment, elle tourne sa prochaine vidéo, pour la chanson هات كتير (Bring more), dont la sortie est prévue fin novembre.
Avec maintenant plus de vingt chansons à son actif, elle pense à sortir un album ; manière de satisfaire l’attente de son public, surtout en Europe, et de valoriser le travail de ses musiciens. Pour cela, il lui faut des fonds. Cet automne elle a donné deux concerts dans les instituts culturels français et italien au Caire, deux autres sont prévus à Alexandrie et la Mansoura l’année prochaine. Elle a également enregistré des musiques de films, et apparaîtra même dans l’un d’entre eux, فتاة المصنع (Les filles de l’usine), prévu pour 2014. “En parallèle, assure-t-elle dans un sourire, je continue le théâtre avec la troupe al-Tamye, aussi longtemps que je pourrai.

Marion Dupuy

Propos recueillis par Leïla Nciri et Marion Dupuy

Pour en savoir plus :

Le site de Youssra el-Hawary
Son soundcloud

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :