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Revue de presse (26 janvier – 2 février)

février 3, 2014

En haut, « La Tunisie et sa nouvelle Constitution ». En-dessous, « Le printemps arabe ».

Cette semaine s’est ouverte en Tunisie le 26 janvier dernier sur l’adoption, à l’issue d’un processus qui aura duré près de deux ans et après trois semaines de séances plénières destinées à l’examen du texte, de la nouvelle Constitution de la Tunisie par l’Assemblée générale constituante. Dans l’ensemble, la presse arabe et internationale a salué un texte jugé à la fois progressiste et consensuel, comme l’ont fait le quotidien jordanien al-Dustour, qui prend note des avancées notables concernant la place de la femme ou encore la liberté de conscience d’une constitution jugée « plus progressiste que la constitution américaine », ou encore le quotidien pan-arabe al-Hayat qui vante par le détail le renforcement des garanties constitutionnelles, des libertés individuelles et des droits de l’Homme.

Les réactions à l’adoption de ce nouveau texte ont été plus contrastées sur le plan national. Si le webzine Mag14 s’est félicité d’un pas en avant historique et retient l’image d’une « Tunisie en mouvement », le quotidien francophone La Presse soulignait pour sa part le caractère perfectible de la constitution et la nécessité d’en concrétiser les acquis par une politique ambitieuse de réforme institutionnelle et de lutte contre la corruption. Le texte a par ailleurs été critiqué pour ses ambiguïtés et contradictions, notamment au sujet de la place de l’Islam comme référence du droit. En effet, si l’article 6 du texte « garantit la liberté de conscience et de croyance et le libre exercice du culte », il fait aussi de l’État le « gardien de la religion », formule qui a provoqué l’ire d’une partie des constituants en raison de son caractère vague et des dérives susceptibles d’en découler. En outre, le concept de liberté de conscience et de culte se heurte à l’article 1er qui stipule « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’islam est sa religion, l’arabe sa langue et la république son régime » et qui s’additionne de l’avenant « Cet article ne peut être révisé ».

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La jeune femme peint en rouge les mots « liberté, dignité, justice », encerclée par la profession de foi musulmane, « Il n’y a de dieu que dieu et Mohamed est son prophète » , en lettres de béton.

En outre, le paraphe de cette nouvelle Constitution coïncide avec une importante vague de critiques à l’encontre du nouveau gouvernement sous la houlette de Mehdi Jomaa, avant même son passage devant le Parlement pour le vote de confiance nécessaire à son investiture. Ainsi, le blog politique collectif el-Nawat décrit-il un gouvernement de technocrates proches de l’ancien régime, et impliqués par ailleurs dans une série de scandales révélés par la presse tunisienne, notamment autour d’Amel Karboul, ministre du Tourisme.

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En Égypte cette semaine, l’attention des médias s’est concentrée sur les prémices de l’annonce de la candidature d’Abdel Fattah al-Sissi aux prochaines élections présidentielles, annonce qui intervient dans le sillage des commémorations difficiles du 25 janvier dernier, assombries par une vague d’attentats à la bombe et par les heurts violents intervenus entre manifestants opposés au pouvoir de l’armée et forces de l’ordre, à l’occasion du troisième anniversaire de la révolution.

La promotion d’al-Sissi au rang de Maréchal et sa démission du Conseil Suprême des Forces Armées le 27 janvier dernier ont été saluées quasi-unanimement par la presse égyptienne, à l’image du quotidien gouvernemental al-Ahram, dont la ligne pro-armée n’est un secret pour personne, qui accueille une décision conforme aux attentes du peuple et susceptible de mettre un terme à la période d’instabilité que connaît le pays actuellement.

Au terme d’un suspense de plusieurs mois, ces manœuvres à la tête de l’armée égyptienne, annoncées dès la semaine précédente par le quotidien al-Hayat mais jusqu’alors démenties par les autorités, constituent les premières étapes légales vers une candidature en bonne et due forme du Maréchal al-Sissi aux prochaines élections. Comme nous le rappelle le webzine indépendant Mada Masr, celui que l’on pressent déjà comme le futur président d’Égypte devra encore rassembler 25 000 parrainages citoyens pour présenter sa candidature, ce qui apparaît a priori n’être qu’une formalité au vu des 26 millions de signatures dont se réclame Kammel Gemeylak, la principale campagne de soutien à sa candidature.

Cette annonce a également eu un large retentissement dans la presse internationale. Tandis que le quotidien panarabe al-Quds avançait une série d’hypothèses quant à la future équipe présidentielle d’Al Sissi, ce dernier était bombardé par les lecteurs de l’incontournable Times Magazine comme personnalité de l’année. Moins enthousiasmé par cette annonce, le quotidien libanais al-Nahar préférait interroger quant-à-lui la capacité d’al-Sissi à engager les réformes appelées de leurs vœux par les révolutionnaires égyptiens depuis maintenant trois ans.

Enfin, cette annonce intervient dans un contexte sécuritaire tendu. L’hebdomadaire  égyptien de langue anglaise al-Ahram Weekly dépeint le scénario d’une montée en puissance de l’insécurité et redoute une multiplication des actions terroristes sur le sol égyptien. Ce contexte instable voit en outre proliférer les menaces contre les libertés de la presse. Le procès de trois journalistes d’Al-Jazeera English ainsi que la détention de plusieurs correspondants étrangers interpellés alors qu’ils couvraient les manifestations du 25 janvier dernier constituent des attaques sérieuses et ont provoqué l’indignation d’une partie de la communauté internationale, rapporte le quotidien bahreïni al-Wasat.

La presse était unanime cette semaine pour constater l’échec annoncé des négociations de la conférence Genève 2 pour la paix en Syrie qui s’est déroulée du 23 au 31 janvier dernier. Ainsi, le quotidien émirati al-Khaleej titrait sobrement samedi dernier « Genève 2 : un premier round sans résultats », dans un article malgré tout empreint d’un certain optimisme quant aux développements possibles du prochain round de négociations, Genève 3, dont l’ouverture est prévue le 10 février.

Genève 2.

Tandis que le régime et l’opposition s’accusent mutuellement d’instrumentalisation des négociations et de tergiversations visant à paralyser le processus, une partie de la presse arabe dénonçait quant à elle la prévalence d’intérêts extérieurs à la table des négociations dans un conflit largement internationalisé. C’est notamment le cas du quotidien jordanien indépendant al-Ghad, qui voit dans la concurrence menée dans les coulisses de la conférence entre les États-Unis et la Russie pour le contrôle de l’agenda des négociations la principale cause de leur échec. L’édition anglaise du site d’information qatari al-Jazeera pointe quant-à-lui l’obsolescence des principes mêmes de la conférence, établis lors de la première conférence de Genève sur la paix en Syrie en juin 2012. L’article note que la nature-même du conflit ayant considérablement évolué, par sa militarisation et la multiplication des formes d’ingérence étrangère, certains objectifs annoncés comme l’établissement d’un gouvernement provisoire ne constituent plus un ordre du jour réaliste à court terme. Ainsi, « le cadre des négociations de paix ne se serait pas ajusté à la réalité du conflit ».

Hugo Maniez

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