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Revue de presse (23 février – 8 mars)

mars 10, 2014

Parmi les sujets qui font l’actualité de cette quinzaine (très égyptienne), la démission surprise du gouvernement égyptien mené par Hazem Beblawi, les possibles répercussions de la crise ukrainienne dans les pays arabes et la campagne d’intimidation dont ferait l’objet l’animateur égyptien Bassem Youssef ont retenu notre attention.

Dans un article daté du 24 février, le quotidien panarabe basé à Londres al-Quds al-Arabi revient sur les raisons qui ont amené le gouvernement égyptien à la démission. A quelques mois des élections présidentielles, l’Etat est quasiment paralysé, du fait de grèves jugées dangereuse pour la sécurité nationale. Celles-ci ont touché notamment les secteurs vitaux des transports et des hôpitaux, mais aussi et surtout les usines textile de Mahalla el-Koubra au sujet desquelles al-Shourouk, quotidien de référence de l’élite urbaine égyptienne, revient longuement.

Dans ce cadre, la crédibilité du gouvernement était en jeu et un simple remaniement ministériel a été jugé insuffisant, en particulier par le maréchal Sissi, véritable homme fort du pays. A cela s’ajoutent plusieurs écueils du gouvernement :
– l’échec de l’équipe à mettre en œuvre son programme économique, notamment la création d’un salaire minimum ;
– sa soumission à la pression médiatique, lorsqu’il déclarait en décembre dernier la confrérie des frères musulmans « organisation terroriste », sachant que seul le Président a le pouvoir d’une telle décision et que le gouvernement n’a pas les moyens de la mettre en œuvre ;
– sa négligence face à la dégradation des conditions de vie des citoyens.

A l’inverse, l’homme politique égyptien libéral Oussama el-Ghazali Harb salue le bilan du premier ministre, dans une tribune publiée dans le quotidien pro-gouvernemental al-Ahram. Celui-ci a porté le fardeau d’une transition complexe de la « révolution » à « l’Etat ». Bien que ne représentant pas, à 77 ans, la génération de la révolution, il a su jeter les bases d’un nouveau système politique remplaçant celui des « Frères ». De plus, il a eu le courage d’assumer la responsabilité de la répression du sit-in de la place Rabaa en août dernier et a affronté successivement les pratiques terroristes dans le Sinaï, la tentative d’assassinat du ministre de l’Intérieur et les deux attentats contre les services de sécurité au Caire et à Mansoura. A l’annonce de sa démission, Beblawi aurait déclaré qu’il se sentait « comme un oiseau jouissant de la liberté [retrouvée] ».

Au final, le nouveau gouvernement de « l’ingénieur » Ibrahim Malhab, sixième premier ministre depuis la révolution du 25 janvier 2011 et précédemment ministre de l’habitat, conserve 16 ministres dont le ministre de la défense (le maréchal Abdelfattah al-Sissi), le ministre des affaires étrangères Nabil Fahmy et le ministre de l’intérieur Mohamed Ibrahim.
Sur le site d’information Mada Masr, l’activiste Yahia Shawkat, auteur du blog The Shadow Ministry of Housing, fait le portrait du nouveau ministre de l’habitat : Moustapha Madbouli. Certes peu porté vers la justice sociale – il fut président de la stratégie « Grand Caire 2050 », prévoyant l’expulsion forcée de centaines de milliers de citoyens pour la construction de centres commerciaux et de voies rapides – Moustapha Madbouli a en revanche une longue expérience dans le domaine des études urbaines. L’une des priorités du gouvernement est justement la justice sociale, dont découlent quatre enjeux en matière de logement :
– le contrôle du marché des biens immobiliers, pour réduire l’écart grandissant entre les revenus et des prix des logements, que ce soit à l’achat ou à la location, sachant que les politiques mises en œuvre jusqu’à maintenant ont surtout encouragé le logement de luxe ;
– l’accès aux logements sociaux proprement dits pour les classes populaires ;
– l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement dans les zones défavorisées, que celles-ci soient des quartiers informels ou des zones rurales.
– l’inclusion de mécanismes de participation de la population au système de planification urbaine.

La liste complète du nouveau gouvernement est accessible sur la version française d’al-Ahram.

Poutine entre l’Ukraine et la Syrie. En haut à droite: « Allez Poutine, bois ! ». Le bouchon de la bouteille Ukraine : « Ianoukovitch ». Sur son verre « al-Assad ».

Dans le reste de l’actualité, l’ampleur de la crise politique en Ukraine où le président pro-russe Viktor Ianoukovitch a été renversé le samedi 22 février, n’a pas manqué de susciter les commentaires de la presse arabe.

Le quotidien panarabe à capitaux saoudiens al-Sharq al-Awsat s’interroge sur les éventuelles répercussions de la crise ukrainienne sur les régimes iranien et syrien, suite à l’échec de Moscou dans le règlement rapide de la révolution. Sur le plan intérieur, les événements de Kiev pourraient s’avérer dangereux pour la Russie, encourageant la désobéissance dans la capitale russe alors même que l’opposition accuse le président Poutine de corruption. De ce fait, les autorités iraniennes craignent qu’un affaiblissement de la Russie ne vienne compliquer les négociations avec l’Occident sur le programme nucléaire. Cela concerne aussi la Syrie, à un degré moindre toutefois, dès lors que le soutien russe est essentiellement fondé sur l’exportation d’armes au régime de Damas et que celle-ci ne devrait pas diminuer.

Au contraire, le quotidien panarabe nationaliste al-Quds al-Arabi affirme dans son éditorial du 23 février que des dizaines d’officiers et de conseillers haut-gradés seraient arrivés en Syrie au cours des dernières semaines afin de soutenir le régime dans sa lutte contre l’opposition. Cette décision de renforcer le soutien au régime de Damas aurait été prise personnellement par le Président Vladimir Poutine, au moment où le soulèvement du peuple ukrainien et le renvoi du président Ianoukovitch contrecarrent les ambitions de la Russie.

D’autre part, l’éditorialiste d’al-Shourouk, Fahmi Al-Howeïdi,considère la destitution de Ianoukovitch comme une leçon pour l’Egypte. En effet, le refus de l’armée ukrainienne d’entrer dans l’arène politique a contribué à la sortie de crise. Et, loin de la logique d’éradication de l’opposition comme ce fut le cas pour les Frères musulmans en Egypte, c’est aux forces politiques élues du Parlement qu’il est revenu, comme en Tunisie d’ailleurs, d’assumer leurs responsabilités.

Enfin, le quotidien al-Quds al-Arabi se fait l’écho de la campagne d’intimidation dont ferait l’objet l’émission satirique « al-Bernameg » (Le Programme) de l’animateur égyptien Bassem Youssef. En effet, après avoir été suspendue sur la chaîne égyptienne CBC, l’émission est de nouveau à l’affiche depuis le 7 février sur la chaîne saoudienne MBC Masr.
Le journaliste Ahmed Moussa a critiqué le fait que l’épisode précédent – diffusé le 21 février – aurait fait preuve d’impertinence vis-à-vis de l’armée égyptienne et du Maréchal Sissi et appelle à ce que des mesures immédiates soient prises pour arrêter le programme. Il reproche notamment à l’animateur d’avoir qualifié d’imposteurs des astrologues qui avaient affirmé sur une chaîne locale que le nom de « Sissi » existe depuis 1100 ans, puis d’avoir noté la signification de ce nom en anglais (see-see soit en français regarde-regarde). Le rédacteur en chef du journal al-Ousbou’ Moustapha Bakri a finalement déposé une plainte auprès du procureur général pour diffamation.


Episode complet de l’émission al-Bernameg du 21 février, sous-titré en anglais.

Cyprien Butin

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