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Revue de presse 23-29 mars

avril 1, 2014

Yasmine Hamdan. Crédits : al-Akhbar

Fait marquant de l’actualité de cette semaine, l’officialisation tant attendue de la candidature du maréchal Abdel Fatah al-Sissi aux élections présidentielles a fait la Une de la presse égyptienne. Au Liban, d’autres élections présidentielles font aussi parler d’elles. Enfin, et de façon quelque peu détachée de l’actualité du moment, nous nous interrogerons sur la santé du cinéma égyptien depuis la révolution puis sur la carrière de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan dont le dernier album est sorti il y a quelques mois.

Le quotidien égyptien al-Dostour remet en contexte l’annonce de la candidature aux élections présidentielles du maréchal Sissi mercredi 26 mars. Celle-ci représente, avec sa nécessaire démission du poste de ministre de la défense pour être candidat, une nouvelle étape en vue des élections, lesquelles constituent d’ailleurs, avec l’adoption d’une nouvelle constitution (cf. notre Revue de presse), le deuxième pilier de la « feuille de route » tracée en juillet dernier.

Une grande partie de la presse égyptienne met en avant le récit officiel selon lequel le maréchal répond à « l’appel de la Nation ». Dans une tribune publiée par al-Ahram, l’ancien président du conseil d’administration du quotidien pro-gouvernemental Morsi Atallah, estime ainsi que le profond soutien populaire au maréchal est lié à la conviction que celui-ci pourra relancer « la roue du développement et de la production ainsi que lutter contre la violence et le terrorisme ». De son côté, le quotidien égyptien al-Badil, de tendance gauche indépendante, se fait l’écho de l’opinion qui attribue ce soutien à « l’instabilité qui a suivi la révolution du 25 janvier 2011 et le manque de confiance entre le peuple et une élite politique appelant au changement mais qui s’est trouvée incapable d’assumer ses responsabilités ». En outre, l’armée est toujours présentée comme protectrice et gardienne de l’identité égyptienne, de l’ère pharaonique jusqu’à l’arrivée de Mohammed Pacha puis de Gamal Abdel Nasser pour lesquels l’affection et la reconnaissance des Egyptiens ne se sont jamais taries.

Mon gars, quand je te demande : »tu penses que qui va gagner les élections présidentielles ? », fais comme si tu savais pas… fais celui qui réfléchit… ne réponds pas direct, comme ça ! (allusion au maréchal Sissi à qui est promise la victoire aux prochaines élections). Crédits : Anouar

Toutefois, le quotidien estime que s’il remporte les présidentielles, Sissi devra faire face à de sérieux défis que ce soit au plan social avec la division de la société et son état de frustration, ou au plan économique compte tenu des indicateurs touristiques en forte baisse et des attentes de nombreux Egyptiens pour une amélioration de leurs conditions de vie et la réalisation de la justice sociale. En matière de politique étrangère, de profondes mutations redessinent la carte de l’équilibre des pouvoirs à l’échelle mondiale mais aussi locale notamment depuis le renversement du président Morsi. Dans ce contexte, on peut se demander si Sissi réussira à redresser la situation. Par ailleurs, le journal égyptien Veto rapporte une vidéo qui montre des soutiens du maréchal sur la place Tahrir mettant le feu à des exemplaires d’al-Badil tout en scandant des slogans « Non à al-Badil » et « Nous t’aimons Sissi ».

 

Sur l’écran de la télévision : « Les informations : attentat-suicide et morts en Irak ». Derrière : Syrie, Liban, Egypte, Yémen, Pakistan, Afghanistan…

Dans un contexte sensiblement différent de l’Egypte, le Liban s’apprête lui aussi à élire son prochain président, par l’intermédiaire de ses représentants au Parlement. Le 25 mars dernier marquait ainsi le début du délai constitutionnel de deux mois au cours duquel l’élection doit se dérouler. Pourtant, selon le quotidien panarabe de tendance modérée Asharq al-Awsat, il n’y a toujours pas de candidat officiel, bien que plusieurs noms circulent. La raison est que les libanais ne sont pas maître de leur décisions et doivent attendent les arbitrages internationaux ou régionaux. Cela s’explique par le fait que le régime libanais, bien qu’il ne soit pas dictatorial, n’est pas démocratique pour autant, si l’on considère l’inégalité des citoyens en fonction de leur appartenance religieuse et communautaire, et la fragilité de la réconciliation nationale.

A cela s’ajoute, comme le rappelle le quotidien saoudien al-Yaum, la nécessité pour le candidat d’obtenir les 2/3 des voix au Parlement et d’être de confession maronite, ce qui rend d’autant plus difficile son élection. Il s’ensuit que l’élection du président est toujours l’objet d’un compromis voire d’un « marchandage » à coup d’ententes régionales. A titre d’exemple, l’élection du président Soleimane Frangié en 1970 reflète la défaite de Gamal Abdel Nasser durant la guerre des 6 jours (1967) et le triomphe du courant politique chrétien face à la résistance palestinienne. Depuis le début de la guerre civile (1975), tous les présidents ont été élus dans des circonstances exceptionnelles. L’actuel Président, Michel Sleiman, ne fait pas exception, sachant qu’il a fallu « l’accord de Doha » pour permettre son élection. Étonnamment, les tractations pour la succession du premier ministre actuel à l’issue des élections présidentielles est, elle, bien lancée. Le quotidien de gauche al-Akhbar se fait l’écho de cette course entre les deux premiers ministre Tamam Salam (l’actuel) et Fouad Siniora (2005-2009), et les deux ministres Nohad Machnouk et Ashraf Rifi.

Dans l’actualité culturelle, le quotidien nationaliste panarabe al-Quds al-Arabi nous fait part de la crise dont souffre le cinéma égyptien depuis le déclenchement de la révolution du 25 janvier : alors qu’environ 40 films étaient produits chaque année jusqu’en 2011, 2013 n’en compte que 19. En conséquence, certains artistes se sont recyclés en tournant pour des spots publicitaires pour des chips, fromages, et autres lessives ou en participant à des talk-shows comme « Ahla Massa » (Super soirée), diffusé sur la chaîne émiratie MBC Masr. Selon le critique de cinéma Mohamed Kamal cette fuite des artistes vers le petit écran, par delà la crise actuelle, peut aussi s’expliquer par la baisse de popularité d’un artiste, ou refléter la concurrence grandissante des séries télévisées aujourd’hui privilégiées par les jeunes générations, contrairement la situation qui prévalait dans la jeunesse de l’acteur Adel Imam.

Enfin, en matière musicale, la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan a sorti son premier album solo « Ya Nass » où elle reprend un certain nombre de vieille chansons telles que « Beirut » de Omar el-Zenni dans un style mélangeant l’électro et la pop. Cet album a été réalisé à Paris en collaboration avec le producteur français Marc Collin. Yasmine Hamdan raconte que si elle a réalisé cet album à Paris, c’est parce que malgré les encouragements, elle avait un besoin d’un cadre plus stable et plus propice aux rencontres avec des artistes. C’est d’ailleurs dans cette ville où elle a terminé ses études et lancé Soapkills, le duo qu’elle a fondé en 1997 avec Zeid Hamdan.

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Revenant sur sa carrière, Yasmine Hamdan, qui a longtemps vécu entre le Liban, le Koweït, Abu Dhabi et la Grèce, raconte que c’est lorsqu’elle a commencé à écouter de la musique arabe qu’elle s’est décidée à chanter dans cette langue uniquement. « Elle m’aide à trouver des réponses sur la question de mon identité. Nous sommes une génération qui a été grandement influencée par la guerre et j’ai perdu certains liens avec ma culture. Il m’était donc important de chanter en arabe car cela me donnait une sorte de garantie au sujet du lieu d’où je venais ». Elle ajoute: « Chanter en arabe d’une manière différente, c’était un peu une comme briser un tabou, et sortir cette musique des contraintes qui l’enserraient. Je trouve que cette langue est très contemporaine et la musique arabe est aussi un mélange, par exemple la musique d’Abdel Wahab mélange des styles, sons et instruments provenant de pays et de cultures différentes. » Yasmine Hamdan sera en concert au Caire le 4 avril à l’occasion du festival D-Caf.

 Cyprien Butin

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