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« DesOrient » ?

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DesOrient , c’est un site créé par des étudiants d’arabe aux Langues ‘O, un site où l’on se pose des questions sur l’ «Orient » , cet espace aussi réel que fantasmé, hérité. Et l’air du temps s’y prête, lancer ce site aujourd’hui, c’est se lever contre les amalgames dangereux, la xénophobie et l’islamophobie rampantes de ces derniers temps. On souhaite montrer ici des facettes de cet Orient dont on ne peut pas parler comme d’un bloc homogène, d’une essence. Il y a des orients, et mettre en évidence cette diversité, parfois étonnante, c’est faire le choix d’enterrer les idées reçues.

« Monde arabe » et « grilles de lecture »

Ces deux expressions résument l’état actuel des sciences humaines et du discours en général qu’on tient sur l’Orient arabe. Qui assiste à deux ou trois colloques sur le monde arabe, quel que soit le sujet (les révolutions, l’islamisme, le développement durable) entendra revenir à merci l’expression « monde arabe » et agiter de façon lancinante la question de la « grille de lecture ». Il n’est pas rare qu’à la fin d’une conférence un auditeur interpelle l’intervenant sur un ton irrité : « Mais enfin, quelle grille de lecture faut-il adopter ? »

Envers et contre tout, malgré les efforts des chercheurs, l’approche occidentale du monde arabo-musulman est marquée par l’idée que l’Arabe est avant tout un Autre qu’il s’agit de dévoiler, d’expliquer, de lire. On court après la grille de lecture, cette vérité durable qui permettrait de « lire » le monde arabe, cet effort initial qui permettrait de le comprendre ensuite à moindre frais. C’est un mythe des sciences humaines : pour cause, la question de la grille de lecture n’est jamais soulevée avec tant d’urgence que dans les études arabes. Enfin, c’est un mythe dans lequel on se complaît souvent, que de croire qu’il y a quelque chose à comprendre dans le monde arabe. Tout le monde veut comprendre, mais bien peu veulent réfléchir, a répondu un jour un intervenant blasé à un auditeur désorienté.

Bien sûr, on dira qu’un humaniste (historien, sociologue…) n’est jamais d’aucun temps ni d’aucun pays. Cependant, un trait marquant du discours qu’on tient sur le monde arabe, c’est l’échec de l’identification intellectuelle. L’Arabe est toujours un Autre. On ignore ce qu’il pense, on le donne à expliquer, on lui « donne » la parole, mais on l’écoute peu.

Hors du discours universitaire, le rapport occidental au monde arabe est grevé d’ignorances, d’attitudes spontanées de domination, de malentendus et d’idées reçues. Les sciences humaines à elles seules sont insuffisantes à rénover profondément ce rapport, parce qu’elles préfèrent (et c’est légitime), le langage de l’érudition ou de l’analyse. Or, très peu de mots nous parviennent des enjeux arabo-arabes, et lorsqu’ils sont expliqués, c’est souvent sous le jour de l’érudition, et non du point de vue de leur valeur actuelle. Ce qui biaise une approche immédiate. Un expert arrive, exhume les couches sémantiques de la notion qu’il est invité à définir, et blâme le reste de la société de ne pas penser sur les bases de cette compréhension érudite, qui s’est perdue au fil du temps ou de la glose contemporaine. Cette attitude est inféconde. Car c’est bien par sa valeur actuelle qu’une notion est réellement à l’œuvre dans la société, et c’est se voiler la face que de penser qu’en exhumant les couches sémantiques d’une idée on parviendra à dissoudre un problème, ou à dessiner une grille de lecture. Connaître la valeur actuelle des notions réellement à l’œuvre dans les sociétés arabes, c’est la « nouvelle frontière » des études arabes.

A cet égard, trois attitudes nous paraissent également dommageables dans le rapport à l’Orient arabo-musulman, au sens où elles empêchent de s’identifier intellectuellement aux Arabes : 1) l’attitude exclusivement universitaire que nous venons de décrire. 2) l’attitude qui consiste à essentialiser l’Oriental, c’est-à-dire à le « faire comprendre », comme s’il faisait partie d’un monde radicalement différent. 3) l’attitude, très courante dans le milieu culturel, qui tient à mettre en avant des « sujets-croisés », comme si nous avions besoin de « carrefours » pour trouver un terrain d’identification.

DesOrient : une démarche

La ligne éditoriale de DesOrient privilégie l’approche culturelle et transversale, en multipliant les tons stylistiques, les formes d’articles, les supports d’information, les disciplines universitaires, les expériences intellectuelles et humaines.

Ce que nous pouvons faire, en tant qu’étudiants et arabisants, c’est donner accès à du brut, à des enjeux arabo-arabes, appréhender l’héritage orientaliste, à rendre compte des travaux en sciences humaines sur l’Orient passé, contemporain et actuel.

Aborder des enjeux arabo-arabes, c’est montrer avant tout que l’identification intellectuelle est possible, d’où la nécessité de prendre une certaine distance à l’égard des « sujets-croisés » et autres « sujets-carrefours », qui contribuent encore à considérer l’Arabe comme un Autre, incompréhensible sans intermédiaire. Donner accès à du brut, c’est écouter les Arabes, renouveler le langage du rapport à l’Orient. Nous cherchons par là à sortir du rapport de domination spontanée. Nous ne devons pas appliquer les sciences humaines aux sujets que les arabes refusent d’aborder sous prétexte de le faire pour eux. Ce qui justifie notre démarche, c’est qu’il y a beaucoup à connaître, et beaucoup d’attitudes spontanées à casser, à transformer. Appréhender l’héritage orientaliste, cette nébuleuse universitaire, administrative et artistique qui a fourni un grand nombre de représentations de l’Orient, dont beaucoup sont encore vivantes aujourd’hui. Pour nous, engagés dans les études arabes, il est essentiel de voir clair dans cette nébuleuse de représentations, de démarches et d’expériences.

Il ne s’agit pas tant pour nous de désorientaliser l’Orient que de désorientaliser le regard. Notre principal objectif est d’actualiser ce système de représentations de l’Orient, non pas en faisant le tri dans ce qui reste d’acceptable dans l’orientalisme, mais en lui superposant un nouveau fonds d’expériences, assez riche pour déterminer un nouveau rapport à l’Orient.

La rédaction

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DesOrient fait appel à des collaborations d’étudiants de toutes les disciplines, qu’ils écrivent en Arabe, en Anglais ou en Français. Si vous avez un sujet ou un article que vous souhaitez proposer, vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : desorient11[at]gmail.com.

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